Dimanche 25 novembre 2007
En cette période pré- Noellesque (oui, ce mot existe, parfaitement), il est pertinent de s’interroger sur ce qui motive les généreux donateurs. De toutes
façons, comme c’est moi qui decide, je trouve que c’est pertinent.
J’ai donc déniché un sympathique article dans Science, intitulé Neural responses to taxation and voluntary giving reveal motives for charitable donations. (Harbaugh WT, Mayr U, Burghart DR.
Science. 2007. 316; 1622-5).
Il s’agit d’une jolie étude d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, réalisée chez des femmes uniquement. Parce que les femmes sont plus sensibles à l'importance des dons: prendre
des sujets des deux sexes aurait donc introduit un biais. Finalement, elle s’inscrit dans le cadre de l’exploration du “système dé récompense”.
La manip’ était la suivante:
Des transferts de sous étaient réalisés sur les comptes d’une association caritative (banque alimentaire):
-soit sous forme de taxe “obligatoire”
-soit sous forme de don, volontaire.
Dans les deux cas, le montant versé à l’association et celui débité au sujet étaient precisés. En effet, tout n’était pas forcément versé à l’association: par exemple le débit du sujet pouvait être
de 30 $, mais. Le crédit de l’assoc’ de 15 $ seulement. Par ailleurs, des récompenses pouvaient être versées sur les comptes du sujet ou de l’association.
Pour la situation “taxe”, le sujet n’avait pas le choix, bien sûr. Pour le don, le sujet pouvait accepter ou refuser.
Je vous passe quelques fastidieux détails pour aller à l’essentiel (comme d’hab. Cependant, ne me remerciez pas: j’ai eu 4 mois pour le préparer, cet article...).
1) Les mêmes structures du système de récompense sont activées lors de taxes enrichissant le sujet ou l’association: donc que la récompense soit “individuelle” ou pour le “bien
public”. Et les mêmes structures aussi, qu’il s’agisse d’un don (assujetti à un choix) ou d’une taxe en faveur de l’assoc’.
2) Le taux de satisfaction après le transfert de fond est supérieur s’il s’agit d’un don (par rapport à une taxe).
3) L’activation différentielle entre “gain pur pour le sujet” et “gain pur pour l’association” permet de prédire la générosité du sujet: ceux dont l’activation est plus large
lorsqu’ils reçoivent de l’argent (les égoîstes), que lorsque l’assoc’ en reçoit, donnent DEUX FOIS MOINS SOUVENT que les autres (les altruistes).
Si on résume, on peut comprendre pourquoi les gens donnent de l’argent: ça fait le même effet que lorsqu’ils en reçoivent!
Ensuite, l’altruisme pourrait bien exister pour de vrai, puisquel le système de récompense est activé même lorsque c’est une taxe: de savoir que leurs sous vont augmenter les biens publiques est
une source de satisfaction pour les sujets!
En plus, la satisfaction est plus grande lorsque c’est une don: moralité, faut supprimer les impôts...Sauf que, pour tous vous dire, la somme totale allouer à l’assoc’ dans la condition “don” est
inférieure à celle dans la condition “taxe”.
Et en faisant passer le test à tout le monde, on pourrait identifier les radins...
Les auteurs, qui sont des petits rigolos, terminent en se demandant si ceux qui votent les taxes allant aux biens publiques se font plaisir aussi...
Plus sérieusement, la question sous-jacente est de savoir si on gagnerait à encourager les dons, plutôt qu’à taxer la population. Il semble difficile de trancher, ne serait-ce que parce que la
générosité diffère d’un individu à l’autre. (Ce ne serait pas juste notamment que des généreux pauvres contribuent à l’aide sociale alors que de riches gripsous ne le fassent pas). Mais là, on
rentre dans la neuro-économie, et c’est le domaine de nos voisins éconoclastes.
Je ne suis pas sûre que tous soit bien clair. Il est possible que je modifie ce billet, mais mon niveau de culpabilité face à ma désertion prolongée est tel qu’il me faut le poster en
urgence...
Par seven
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Publié dans : Physio Neuro
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