Taxer ou donner: une étude du système de récompense

Publié le par seven

En cette période pré- Noellesque (oui, ce mot existe, parfaitement), il est pertinent de s’interroger sur ce qui motive les généreux  donateurs. De toutes façons, comme c’est moi qui decide, je trouve que c’est pertinent.
J’ai donc déniché un sympathique article dans Science, intitulé  Neural responses to taxation and voluntary giving reveal motives for charitable donations. (Harbaugh WT, Mayr U, Burghart DR. Science. 2007. 316; 1622-5).
Il s’agit d’une jolie étude d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, réalisée chez des femmes uniquement. Parce que les femmes sont plus sensibles  à l'importance des dons: prendre des sujets des deux sexes aurait donc introduit un biais. Finalement, elle s’inscrit dans le cadre de l’exploration du “système dé récompense”.

La manip’ était la suivante:
Des transferts de sous étaient réalisés sur les comptes d’une association caritative (banque alimentaire):
    -soit sous forme de taxe “obligatoire”
    -soit sous forme de don, volontaire.
Dans les deux cas, le montant versé à l’association et celui débité au sujet étaient precisés. En effet, tout n’était pas forcément versé à l’association: par exemple le débit du sujet pouvait être de 30 $, mais. Le crédit de l’assoc’ de 15 $ seulement. Par ailleurs, des récompenses pouvaient être versées sur les comptes du sujet ou de l’association.
Pour la situation “taxe”, le sujet n’avait pas le choix, bien sûr. Pour le don, le sujet pouvait accepter ou refuser.

Je vous passe quelques fastidieux détails pour aller à l’essentiel (comme d’hab. Cependant, ne me remerciez pas: j’ai eu 4 mois pour le préparer, cet article...).

1)    Les mêmes structures du système de récompense sont activées lors de taxes enrichissant le sujet ou l’association: donc que la récompense soit “individuelle” ou pour le “bien public”. Et les mêmes structures aussi, qu’il s’agisse d’un don (assujetti à un choix) ou d’une taxe en faveur de l’assoc’.

2)    Le taux de satisfaction après le transfert de fond est supérieur s’il s’agit d’un don (par rapport à une taxe).

3)    L’activation différentielle entre “gain pur pour le sujet” et “gain pur pour l’association” permet de prédire la générosité du sujet: ceux dont l’activation est plus large lorsqu’ils reçoivent de l’argent (les égoîstes), que lorsque l’assoc’ en reçoit, donnent DEUX FOIS MOINS SOUVENT que les autres (les altruistes).

Si on résume, on peut comprendre pourquoi les gens donnent de l’argent: ça fait le même effet que lorsqu’ils en reçoivent!

Ensuite, l’altruisme pourrait bien exister pour de vrai, puisquel le système de récompense est activé même lorsque c’est une taxe: de savoir que leurs sous vont augmenter les biens publiques est une source de satisfaction pour les sujets!

En plus, la satisfaction est plus grande lorsque c’est une don: moralité, faut supprimer les impôts...Sauf que, pour tous vous dire, la somme totale allouer à l’assoc’ dans la condition “don” est inférieure à celle dans la condition “taxe”.

Et en faisant passer le test à tout le monde, on pourrait identifier les radins...

Les auteurs, qui sont des petits rigolos, terminent en se demandant si ceux qui votent les taxes allant aux biens publiques se font plaisir aussi...

Plus sérieusement, la question sous-jacente est de savoir si on gagnerait à encourager les dons, plutôt qu’à taxer la population. Il semble difficile de trancher, ne serait-ce que parce que la générosité diffère d’un individu à l’autre. (Ce ne serait pas juste notamment que des généreux pauvres contribuent à l’aide sociale alors que de riches gripsous ne le fassent pas). Mais là, on rentre dans la neuro-économie, et c’est le domaine de nos voisins éconoclastes.

Je ne suis pas sûre que tous soit bien clair. Il est possible que je modifie ce billet, mais mon niveau de culpabilité face à ma désertion prolongée est tel qu’il me faut le poster en urgence...

Publié dans Physio Neuro

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Lucie 02/01/2013 14:31


j'ai bien aimé votre blog!

Fed 05/12/2007 15:22

Salut Doc,merci pour cet article, quoique fouilli (je veux pas vexer mais comme t'as tendu la perche..). Notamment les conditions de l'expériences j'ai pas bien compris, mais les résultats ça va, c'est bien pasque j'ai étudié la bio :)J'ai une réaction à la remarque de timothée "L'altruisme, si on regarde, c'est du bidon.... etc..". Il est quand même à noter qu'il manque quelque chose à cet expérience: elle teste la satisfaction liée à uniquement deux types de dons, au bien commun, ou à un individu X. Mais tout le monde s'en fout de l'individu X, sauf s'il a une très bonne raison (ex: victime politique, super pauvre, sidaïque....) Et là l'homme, qui a inventé la solidarité au même titre que le dauphin, aide son prochain en difficulté, ce qui est bien de l'altruisme. A moins qu'il soit obligé pasque sinon ça lui nuise à son équilibre mental (ça lui fait du mal de voir qq'un en difficulté), ce qui reviendrait à la (très cynique) thèse de l'égoïsme absolu. Les gens sensibles ne sont généreux que pour soulager leur sensibilité! Je conclurais donc sur une citation de Werber : "je suis égoïste: je ne suis bien que quand les gens autour de moi sont bien."Prions pour que ce genre d'égoïsme persiste.

Tom Roud 25/11/2007 23:07

Super sujet pour un retour en tous cas !"En plus, la satisfaction est plus grande lorsque c’est une taxe: moralité, faut supprimer les impôts..."Euh... tu n'aurais pas inversé "don" et "taxe" ?

seven 26/11/2007 09:10

euh si....quand je dis qu'il y a des coquilles. Non: en fait c'est pour tester votre vigilance!Corrected!

Timothée 25/11/2007 21:29

Y'a des choses qui remontent le moral par un soir pluvieux et venteux, et te voir de retour en fait incontestablement partie.

Je rebondis sur un paragraphe:

Ensuite, l’altruisme pourrait bien exister pour de vrai, puisquel le système de récompense est activé même lorsque c’est une taxe: de savoir que leurs sous vont augmenter les biens publiques est une source de satisfaction pour les sujets!

C'est la le truc, en fait. L'altruisme, si on regarde, c'est du bidon. Puisque le vivant est intéressé par une chose et une seule: son intérêt personnel immédiat. Et si le meilleur moyen d'assurer cet intérêt est le mutualisme, alors on stabilise la situation; sinon on rançonne, on triche, on pille sans vergogne.

Qu'est-ce qu'il faut voir ici? Je vais être super sarcastique, mais on peut imaginer que le fait de donner/participer financièrement fasse passer pour "meilleur que les autres" et augmente les chances de trouver un partenaire (du sarcasme et du sexe, et on se demande encore pourquoi j'aime la biologie évolutive?!). Ce qui augmente la fitness, et est donc un avantage.

C'est une variation intéressante sur les problèmes d'argent, d'introduire cette taxation. Ca me donne envie de lire le papier. Pour un billet de retour, mission plus qu'accomplie!

Sinon, le fait que les femmes soient plus enclines que les hommes à donner/partager, ca me rappelle les travaux de Simon Baron-Cohen sur l'altruisme chez les autistes et la structure systemizing/emphasizing. J'ai tout faux, docteur?

seven 25/11/2007 22:53

Merci pour ce beau commentaire, Timothée! Et déjà une coquille de soulevée: j'ai lu un peu vite le "matériel supplémentaire": ils ne disent pas en fait que les femmes sont plus généreuses, mais qu'elles sont plus sensibles aux variations quantitatives des dons. Je n'ai pas accès à l'article cité, dans Econometrica, aussi ne puis-je développer le sujet...Je regarderai la littérature médicale pour voir si je peux alimenter la discussion!Sinon, le lien avec la séduction est...original: je vais méditer la question!