Elle est pas belle la vie?

Publié le par seven

Qu’Horowitz ait raison ou pas (cf billet de Tom Roud), le fonctionnement du corps humain est décidément fascinant…

 

Tout petit déjà, la vie, c’est pas facile… On l’oublie rapidement, mais  la naissance est une étape difficilement évitable, mais bien rude. Au cours de l’accouchement, le stress du fœtus est très élevé : contractions, expulsion etc, c’est un vrai branle-bas de combat. Sans oublier le risque de souffrance par manque d’apports, ceux-ci dépendant encore exclusivement du cordon ombilical. Dans l’histoire, celui pour lequel on s’inquiète le plus, c’est le cerveau, petit mais pas très costaud…  

 

Et bien les résultats d’une équipe marseillaise parus dans Science (Roman Tyzio et al.2006. Maternal Oxytocin Triggers a Transient Inhibitory Switch in GABA Signaling in the Fetal Brain During Delivery. Science 314, 1788) montrent une fois encore que si le vivant est vivant, décidément, c’est pas un hasard. Je m’explique.

 

J’ai évoqué dans un billet précédent ma marotte, le GABA. Je vous ai dit que c’était The principal neurotransmetteur inhibiteur. Bon, c’est vrai. Mais pas toujours (rien que ça je trouve que c’est génial) : chez le fœtus et jusqu’à un peu après la naissance, il est excitateur !!! Et c’est rudement important : il va alors permettre ainsi la maturation des neurones, tout une activité cellulaire enzymatique grâce à l’entrée du calcium, et j’en passe. Mais on sait aussi qu’un excès d’excitation neuronale est toxique, (même qu’on appelle ça l’excito-toxicité, et que c’est impliqué dans plein de maladies neuro-dégénératives). Or le stress, ça excite les neurones. Et la naissance, c’est SUPER stressant.

 

Question: Qui peut protéger les neurones si le GABA ne le peut pas ???  

 

Réponse : le GABA   

 

                                                  ???  

 

Et voilà le tour de passe-passe : le travail a démontré (chez le rat) que pendant une courte période autour de la naissance, le GABA de excitateur devenait inhibiteur, avant de redevenir excitateur, jusqu’à ce qu’il redevienne inhibiteur définitivement, enfin, normalement. (Vous suivez toujours ?).

 

Je passe sur les détails méthodologiques, mais globalement, ça se passe de la façon suivante. Le récepteur GABAA est un canal chlore. Chez l’adulte la concentration intracellulaire de chlore est inférieure à la concentration extra cellulaire. Ceci grâce à des transporteurs du chlore qui font sortir activement celui-ci. Donc lorsque ce canal s’ouvre, le chlore entre et la cellule est hyperpolarisée (influx de charge négative) et inhibée. Dans le neurone immature, c’est l’inverse, parce que d’autres types de transporteurs sont majoritaires, qui font rentrer le chlore. Donc l’ouverture du canal fait sortir le chlore et la cellule est dépolarisée, donc…excitée, exactement.

 

Une pause : ça, ils l’avaient déjà montré avant, c’est un prérequis pour comprendre la suite.

On continue ?

 

Alors, vous savez que l’accouchement est une histoire de bonne femme (si, quand même), et donc d’hormones aussi. L’ocytocine est l’une d’entre elles, libérée massivement peu après le début du travail, et qui accélère celui-ci.

Et bien figurez-vous qu’elle agit aussi sur les transporteurs du chlore : elle diminue leur action, du coup le chlore est surtout extracellulaire, comme chez l’adulte, et le GABA sera donc inhibiteur. C’est pas joli, ça, messieurs dames ?

Mais ce n’est pas fini. Parce que c’est bien gentil de dire que c’est stressant la naissance, mais enfin, entre stresser et souffrir, et entre souffrir et mourir, il y a une marge ! Alors moi je dis,

Question: Est-ce que c’est vraiment important, ce switch excitation-inhibition-excitation ?

Il suffisait de demander : ils ont ensuite montré que les neurones privés d’ocytocine juste avant la délivrance étaient significativement plus sensibles à la privation d’oxygène et de glucose (les plus gros stress pour des neurones !!), et mouraient plus rapidement. Et que c’était bien lié au fonctionnement du transporteur du chlore, donc aux effets du GABA.

Réponse : un peu que c’est important !

Alors, elle est pas belle la vie?

Publié dans GABA

Commenter cet article

Marie-HélÚne MOUTON 01/01/2007 22:36

certains parlent de massage natal ....................... le ressenti d ela mère pendant l'accouchement, je veux dire le sens qu'elle donne à ce qui se passe, et son lien avec son enfant pendant ce temps est primordial évidemment....
..... et pour les enfants qui naissent par césarienne que se passe-t-il ... pas ?
Une société "civilisée" serait peut-être celle qui mettrait en place un environnement propice à la détente, repos, contemplation de la beauté sous toutes ses formes, l'absence de soucis matériels et une harmonie affective pour permettre aux futurs parents de préparer la naissance de leur enfant dans des conditions optimum. ........
Y a-t-il un candidat à la présidence qui inscrit cette priorité dans son programme ?!

seven 02/01/2007 00:25

A riche commentaire, longue réponse...
1. Tout dépend des motifs de la césarienne...Si elle est réalisée avant le début du travail, on peut imaginer qu'il n'y a pas encore eu pic d'ocytocine, donc pas de switch excitateur inhibiteur. Mais si on considère que l'intérêt de ce switch est de protéger le cerveau du risque de souffrance liée à l'accouchement (défaut d'approvisionnement), celui-ci étant "contourné" par la césarienne, on pourrait penser que ça n'est pas grave. Mais du fait des rôles multiples du gaba, ca n'est probablement pas la seule conséquence, et cette absence n'est peut-être pas anodine. Mais je crois que en France en tous cas, après une période de pratique très large de la césarienne "justifiée" par une limitation du risque de souffrance  foetale (je crois), on revienne en arrière après réévaluation de la balance bénéfice-risque: il s'agit quand même d'une intervention chiurgicale, avec tout ce qui va avec.
2. Pour ce qui est de la place de la maternité en général, de l'accouchement en particulier, je suis d'accord, il y a des progrès à faire....Au niveau "matériel", les pratiques son différentes chez nos voisins européens. En Belgique notamment, où sont formées beaucoup de sages-femmes exerçant en France. La médicalisation de cet évènement est beaucoup plus faible, limitée aux grossesses compliquées ou à risques. L'accouchement à domicile est aussi plus courant. Là également, justement parce que des sages femmes formées à cette école revienne en France, les choses changent semble-t-il un peu. Impossible de ne pas mentionner les pays nordiques avec par exemple en Norvège un congé parental rémunéré à 100% de 52 semaines: 4 réservées au père, 9 à la mère et 39 partageables! Mais il y a des bonnes choses en France: notre Sécurité Sociale, avec ses défauts, en est un exemple...
3. Pour ce qui est du niveau disons plus spirituel, ce n'est peut-être pas le rôle de l'état de le mettre en éxergue, mais plus une démarche individuelle? En tous cas j'ai l'impression que les changements peuvent  difficilement être imposés ou suggérés par des instances politiques dans ce domaine. Mais que de plus en plus de femmes cherchent des conditions différentes de celles offertes par les structures classiques. Le changement viendra peut-être par là?
Ce commentaire justifiait un billet à lui tout seul, voire un blog, voire bien plus! C'est une question de société essentielle, c'est sûr, que je n'imaginais pas susciter avec ce billet très "fondamental" (scientifiquement)! Merci!