L'amour d'une mère...

Publié le par seven

Un petit denier pour bien finir l’année. Le titre est un peu mensonger. Il aurait dû être « Le comportement d’une mère », mais ça sonnait moins bien, je trouve.

Je vais encore parler rongeurs. Rats en l’occurrence. Et d’un truc fort intéressant : l’épigénome. Petite définition apéritive, allègrement puisée chez Wikipédia : l’épigénome désigne les modifications transmissibles et réversibles de l'expression des gènes ne s'accompagnant pas de changements des séquences nucléotidiques. (Par exemple, la méthylation de l’ADN ou la structure de la chromatine). Les phénomènes épigénétiques constituent un programme qui déciderait quels gènes activer ou inhiber. Plus fréquentes que les mutations de l’ADN, ces épimutations sont influencées par l’environnement.

Pas mal de travaux en particulier chez le rat, ont considéré l’impact  du comportement maternel comme facteur environnemental. (Lisez par exemple Weaver et al 2004, Epigenetic programming by maternal behavior. Nat Neurosci. 7(8):847-854.) Il a ainsi été montré que :    

 

  1. 1. La descendance de mères-poules (quel jeu de mot), caractérisées par high pup licking and grooming (LG) and arched-back nursing (ABN), est moins peureuse et a une réponse  corticotrope au stress moins intense. 

 

  1. 2. L’explication est la suivante : cette même descendance a un niveau d’expression des récepteurs aux glucocorticoïdes dans l’hippocampe plus élevé. Or leur stimulation entraîne un rétrocontrôle inhibiteur de l’axe corticotrope. Cet axe est activé en cas de stress. En clair, cela explique (au moins partiellement) le premier paragraphe.  
  2.  
  3. 3.  Enfin et surtout, ceci était directement lié au comportement maternel. Un high LG et ABN entraîne au cours de la première semaine de vie une méthylation d’une région promotrice du gène des récepteurs aux glucocorticoïdes, entrainant in fine une expression accrue de ce gène (je vous fait grâce des détails). Cette méthylation est  une modification épigénétique. Or ce type d’épimutation est connu pour sa stabilité au cours de la vie, expliquant que le comportement de la descendance se maintienne chez l’animal adulte, alors que la mère est absente.  

C’est un exemple démonstratif je trouve, des interactions gènes-environnement, dont on entend beaucoup parler.

En bref, le comportement maternel dépend des expériences vécues par celle-ci. Il y a « transformation » de ces expériences en une transmission epigénétique, qui a elle-même des conséquences sur le phénotype (expression des gènes) de la descendance.  

Ainsi, des modifications mêmes discrètes de l’environnement influençant le comportement parental, pourraient moduler l’expression des gènes de leur descendance.

Ce que je retiens, moi, c'est que le comportement de nos parents a un impact sur notre niveau de stress (non ce n’est pas un raccourci honteux). Il est important de la rappeler. Je propose d’adapter à l’espèce humaine les LG et ABN. Ils peuvent être remplacés par des cadeaux orientés. (Oui je suis vénale, c’est la saison qui veut ça).

Sur ce, je vais passer ma tenue de bal. Très joyeux réveillon.

Publié dans Génétique

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Baboune 15/06/2008 16:50

Merci beaucoup pour cette article. Je travaille en se moment sur les comportements maternels et la régulation de l'état de stress à l'âge adulte modélisé chez le rongeurs. Je bloquais sur cette partie épigénétique. Grâce à toi j'ai pu avancer. En tant qu'étudiant adorateur des neurosciences, ton blog me fascine.Chez l'humain, Merali a bien noté une diminution de la densité des récepteurs GABA/A dans certaines régions du cortex préfrontal (et plus des sous unités alpha1 et delta2 qui forment un ligand spécifique aux benzodiazépine) chez des sujets dépressifs (qui se sont suicidés)."Dysregulation in the suicide brain: mRNA expression of corticotropin-releasing hormone receptors and GABA/A receptor subunits in frontal cotical brain region"

Marie-HélÚne MOUTON 01/01/2007 22:24

très intéressant ! Tu ne pourrais pas développer et envoyer ton article à toutes les maternités et autres préparateurs d'accouchement, gynéco et Cie pour sensibiliser les futurs parents. Napoléon disait qu'un enfant se préparait vingt ans dans le ventre de sa mère ! .......

seven 01/01/2007 23:37

C'est une idée à méditer! Je ne sais pas si les résultats obtenus chez la souris ont été vérifiés chez l'homme... A mon avis, la question que tu soulèves n'était pas vraiment envisagée par les auteurs dans l'article cité en tous cas: il se sont  intéressés à la physiopatholgie de cette modification comportementale plus qu'aux problèmes "philosophiques" d'éducation des souris, et par extension des humains. Mais je vais me pencher sur la littérature publiée sur ce sujet, qui semble abondante...