Placebo. Pas les chanteurs, l'autre.

Publié le par seven

L’effet placebo, tout le monde connaît, tout le monde en parle. Souvent avec une certaine dérision (plutôt une dérision certaine), pour caractériser certaines médecines dites alternatives. Cependant, la bonne allopathie bien officielle ne peut pas non plus le contourner : chaque médicament pour être mis sur le marché doit faire ses preuves au cours de différentes phases d’essais bien codifiées. Plus précisément la phase III est celle des essais chez le sujet volontaire malade. Ces patients sont répartis en deux groupes de façon aléatoire. Seul un groupe recevra la nouvelle molécule, appelons là X. Le second recevra une molécule inactive I. (On peut aussi comparer la molécule à un médicament « de référence », afin de montrer que X est « aussi efficace »)

 

Et si I est nécessaire, c’est justement à cause (ou plutôt grâce à) notre bon effet placebo ! On sait bien que le seul fait de donner une substance théoriquement active, a des conséquences cliniques. Ceci juste pour rappeler que "effet placebo" n'est pas équivalent à "effet zéro".

 

Jusque là, rien de bien subversif dans mon propos, me direz vous.

 

Ce qu’on ne sait pas bien, c’est comment il agit. Mais des gens très sérieux, qui publient dans des revues non moins sérieuses s’intéressent tout aussi sérieusement au sujet. Benedetti et al, en 2004 (1), ont ainsi réalisé une étude chez des patients atteints de la maladie de Parkinson. En gros, les symptômes cardinaux sont une lenteur de mouvements (bradykinésie), une rigidité plastique (hypertonie extra-pyramidale ou roue dentée) et le tremblement de repos. Ces signes sont secondaires à la dégénérescence des voies dopaminergiques du système nerveux central. On ne sait pas la guérir, mais des traitements symptomatiques efficaces existent : médicamenteux, ou chirurgical. Ce dernier consiste à positionner une électrode dans chaque noyau sous-thalamique (y'en a deux, un d'chaque côté), et à le stimuler . Par diverses connexions, boucles de rétrocontrôle etc, qu'on n'a d'ailleurs pas toutes comprites (je cause come je veux, je suis chez moi),  cela aboutit à une inhibition de ce noyau, et à une amélioration des symptômes. Si ça vous dit, allez potasser le système des ganglions de la base. Je m’arrête là, c’est pas un cours de neuro !

 

Les auteurs ont donc voulu savoir si l’amélioration clinique due à l’effet placebo, avait un substratum électophysiologique. Pour ce faire, ils ont enregistré lors de l’intervention chirurgicale d’implantation des électrodes, l’activité électrique de neurones du noyau sous-thalamique. Le placebo consistait en l’injection sous-cutanée de sérum physiologique. Cette injection avait lieu entre l’implantation de la première et celle de la deuxième électrode. L’activité de la première électrode servait de référence. L’évaluation clinique était faite 15 minutes après l’injection par un neurologue « aveugle » qui ne connaissant pas les motifs de l’étude. Les jours précédents l’opération, les patients avaient été traité par un médicament dopaminergique très efficace administré par voie sous-cutanée également, afin de potentialiser l’éventuel effet placebo.

 

Il y avait deux groupes:

 

            Groupe 1 : Non traité (pas de placebo)                                                          

 

            Groupe 2 : Placebo. Dans ce groupe, la moitié des patients ont été répondeurs R, la moitié non répondeurs NR.

 

Et bien figurez-vous que l’activité électrique du noyau sous-thalamique était différente diminuée chez les patients R !

 

Avant que vous ne posiez la question : dans le groupe non traité, il n’y avait pas de différence entre les deux électrodes. La différence retrouvée chez les patients répondeurs, peut donc bien être attribuée à l’effet placebo.

 

Ces résultats sont intéressants à plusieurs titres, à mon sens.

1) D’abord avec une méthodologie robuste, ils ont mis en évidence une modification objective, électrophysiologique, attribuable à l’effet placebo. Et ce dans une maladie organique de chez organique, comme on dit.

 

2) Ensuite, ils (les résultats) soulignent le fait que décidément le cerveau dispose de « réserves », que nous ne savons pas forcément mobiliser (d’autres travaux concourrent à explique cet effet placebo par une libération accrue de dopamine). Ceci est fort encourageant, que dis-je enthousiasmant.

 

3) Enfin, je m'interroge, quant à la manière de considérer les médecines douces. En effet, quand bien même elles n’agiraient « que par » l’effet placebo, il semble que ce soit déjà bien : nous n’avons pas encore réussi à générer un effet placebo sans support. Si elles permettent d'activer, par des moyens que nous ne maitrisons pas, des systèmes déficitaires, pourquoi les mépriser? Après tout, notre médecine universitaire est loin de soulager tous les maux (guérir...).  Disons que l'une n'exclut pas nécessairement l'autre, qu'elles pouraient être complémentaires. Bien sûr sous réserve d'un encadrement et d'un enseignement aussi rigoureux que nécessaire.

 

Avec tout ça, et ben même que leur remboursement par la sécurité sociale ne me choquerait pas. Ca vous en bouche un coin, hein?

 

Si vous avez eu le courage de lire jusqu’au bout ce billet, vous avez le droit à un bon point (je vous rappelle qu’il y en avait un à gagner mais tout le monde s’en fiche). Il était long.

 

Et si vous z'êtes pas d'accord, z'avez qu'à l'écrire d'abord. Mais pas d'aggressivité, hein, sinon je censure. 

 

(1)Placebo-responsive Parkinson patients show decreased activity in single neurons of subthalamic nucleus. Benedetti et al. 2004. Nat Neurosci 7:587–588.

 

 

Publié dans Physio Neuro

Commenter cet article

Tom Roud 07/02/2007 18:25

Question : on leur donnait une raison aux patients pour leur faire une injection (du genre : c'est pour que vous ayez moins mal ?).Sinon, je suis impressionné, l'étude est vraiment rusée...Et je suis d'accord avec toi pour ne pas négliger l'effet placebo homéopathique. A propos d'homéopathie, que sait-on de son effet sur les animaux ? Est-ce qu'il y a des animaux pour lesquels cela ne marche pas ? On peut penser que les animaux les plus "sensibles" à leurs maîtres (chiens et chats ?) réagissent au soin porté par l'homéopathie, tandis que des animaux plus primitifs (poissons rouges ?) n'en ont cure...

seven 07/02/2007 19:31

Salut Tom!
Pour l'injection, je peux répondre. Les investigateurs avient dit aux patients que l'étude visait à mieux comprendre le mode d'action du traitement chirurgical, y compris l'influence de facteurs psychologiques. Et que ceci nécessitait l'injection d'apomorphine les jours précédant l'intervention, et possiblement au cours de celle-ci (je ne suis pas bien le raisonnement, mais bon). L'apomorphine, administrée par voie sous-cutanée, est un agoniste dopaminergique puissant, réellement utilisé dans la maladie de Parkinson. Donc lorsque le patient reçoit le sérum physiologique pendant l'essai, il pense qu'il va aller mieux.
Pour l'homéopathie chez les animaux, je ne suis pas experte...je vais regarder si je trouve des trucs.

Timothée 07/02/2007 00:26

Des expériences de PET-scan avaient été réalisées sur des personnes qui utilisaient l'acupuncture, par une équipe suisse (ou allemande, ou même suisse-allemande d'ailleurs)Je retrouve les références demain (si j'ai pas oublié entre temps)

seven 07/02/2007 07:25

J'attends tes références, je crois que je n'aurai pas le temps de chercher aujourd'hui ( journée chargée). Ce qui est sûr, c'est qu'il y  a un paquet de travaux sur le sujet, avec la douleur principalement.