Variations sur un thème: la médecine et son exercice.

Publié le par seven

Timothée, François, Matthieu, et bibi (moi donc) avons récemment conversé sur le thème : comment vivre dans le meilleur des mondes, pour de vrai. Comme le sujet est vaste, nous avons focalisé notre attention sur le problème de contrôle de la qualité des soins médicaux. Plus précisément encore, la question était : comment faire pour que les « vraiment mauvais » médecins soient idéntifiés, et cout-circuités. Nous avons plutôt évoqué le versant hospitalo-universitaire. Nous ne parlons pas de l’erreur de jugement ponctuelle, largement évitée grâce au travail en équipe, et me semble-t-il inévitable, « humaine ».

Bon, d’abord, je crois qu’il ne faut pas noircir le tableau. Ils ne sont pas SI nombreux que ça. Mais ils existent, comme dans toute profession. Or du fait des responsabilités inhérentes à l’exercice de leurs fonctions, les conséquences de leurs défaillances peuvent être, pour le moins, fâcheuses.

Théoriquement, c’est le rôle du Conseil National de l’Ordre des Médecins qui assure ce rétrocontrôle. 

1) Une plainte peut être déposée par un patient ou un médecin au Conseil départemental. Une médiation est alors tentée. Les conseils départementaux n’ont pas de pouvoir disciplinaire.

2) En cas d’échec, le dossier est transféré au Conseil Régional, première instance disciplinaire. Un patient peut s’adresser directement à lui.

3) Enfin, le Conseil National accueille la Chambre disciplinaire Nationale d'appel, Organisation juridictionnelle qui siège en Séance Publique, sous la Présidence d'un des quatre Conseillers d'Etat qui y sont affectés. Cette juridiction, bien qu'accueillie en ses locaux, est totalement indépendante du Conseil National. Ses décisions peuvent être contestées au Conseil d'État.

En pratique, ce n’est pas si simple…Lorsque le praticien concerné est à un haut niveau hiérarchique, il peut bénéficier d’une sorte de protection générale. De la part de ses collaborateurs et collègues, qui tout en ayant connaissance du problème, n’en réfèrent pas. Par contre, leur intervention quotidienne au niveau de la gestion des patients empêche les catastrophes. Et également l’éclatement au grand jour du dysfonctionnement…Mais s’il faut attendre un décès pour réagir, c’est qu’il y a problème !!!

Pourquoi cette protection ?   

-L’article 56 du Code de déontologie, en stipulant que les médecins doivent avoir des relations fraternelles et leur interdit de se dénigrer, est à double tranchant. C'est une notion classique dans les professions à forte barrière d'entrée, ici le numerus clausus à la fin de la première année.

-Est-ce par esprit de corporatisme ? Probablement est-ce un point important. Mais surtout lorsque la notion de pouvoir intervient : si un de leurs pairs peut être mis sur la touche, cela signifie que les mandarins ne sont plus intouchables et inamovibles. Peut-être aussi ont-ils tous des « dettes » les uns envers les autres

-Par peur de se prendre un retour de manivelle? Pour les subalternes certainement. Je crois aussi que si l’alerte vient du bas, elle a toutes les chances d’être étouffée dans l’œuf, ainsi que son émetteur, d’ailleurs… C’est vrai qu’utiliser la responsabilité de la hiérarchie pour couvrir ses propres actes ou absence d’actes est un peu lâche. 

Comment l’éviter ?  

-Et le Conseil de l’ordre, alors ??? Il faut que l’information arrive jusqu’à lui ! La délation anonyme pure et simple réveille de bien vilains échos, avec celle des médecins de confession juive pendant le la seconde guerre mondiale. Elle ne semble pas très glorieuse, c’est certain.

-Pourquoi pas une instance chargée de réguler le système dans sa globalité ? Moins discrète que le conseil de l'ordre, et surtout moins focalisé sur les médecins. Donc médecins, infirmières, aide-soignanes, ASH.  Il y a en effet une sorte de négligence  de la voix de ces professions para-médicales de santé, alors qu'elles sont aussi impliquées que leurs supérieurs symboliques/hiérarchiques.

 

            -Une évaluation sur le terrain, régulière des pratiques médicales ? Par qui, des spécialistes d’autres villes ? Pas évident à mettre en place, mais pourquoi pas ? Il existe peut-être a priori une plus grande tolérance du public vis-à-vis des erreurs commises par elles, mais pour le coup, les infirmières et aides-soignantes sont très contrôlées par leurs Cadres. Ce qui n’a pas d’équivalent chez les médecins une fois nommés.  

-Finalement, il semble que nous ayons dérivé vers le contrôle des qualités professionnelles des praticiens hospitaliers…avec la question de la formation médicale continue qui pointe son nez. La solution est peut-être là : si elle était effective, des évaluations pourraient être réalisées dans le même temps, et éviteraient des situations aberrantes.

Dernier point évoqué plus récemment, celui du retrait de l’épreuve de critique d’article de l’examen national classant (ex-Concours de l’Internat). Demandé par les syndicats étudiants. Le problème est que cette capacité à analyser et à critiquer les publications scientifiques est indispensable. François nous a expliqué, que la difficulté résidait dans l’hétérogénéité de l’enseignement médical sur le territoire français : certains professeurs ne seraient pas capables d’assurer cette formation…Il faudra donc attendre les prochaines générations.

 

Comment cela peut-il être accepté ? Sous quel prétexte des enseignants peuvent-ils refuser de se mettre à jour des connaissances ? Et ne pas être pénalisés ? Je vous assure qu’un paquet de jeunes sont tout à fait disposés à assurer leurs fonctions !!! Je ne peux qu’imaginer que dans les hautes sphère, politique, médicale, et politico-médicale, des accords dont trouvés, qui profitent à ceux qui détiennent le pouvoir et les soignent bien…

Un changement des mentalités semblent la solution idéale, et par conséquent un peu illusoire dès lors que l’humain est au centre du système. Il ne parait pas normal qu'un professionnel soit laissé en place, si ses compétences ne sont plus ou pas en adéquation avec sa fonction. Et que sa situation n’est  plus expliquée que par « l’habitude » et ses relations. Et ce aux détrimens du patient, de la qualité de la formation médicale, et de la recherche médicale...

 

PS : je n’ai pas restitué l’intégralité de la conversation, j’espère que les contributeurs excuseront les coupes franches… Merci encore à Timothée, François et Matthieu pour votre contribution, et à Enro pour avoir relancé !

Si vous avez des objections, je suis tout à fait disposée à reformuler, à faire de ajouts etc : j’ai probablement beaucoup suivi mon petit cheminement personnel dans ce billet, enrichi par vos idées fort intéressantes.

Publié dans Divagations diverses

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Matthieu 14/03/2007 19:20

oula, c'est un peu trop gentil de parler de contribution de ma part. mais beau travail (faudra que je relise ton billet a tete reposee)

seven 14/03/2007 20:06

Si, si ! Tu as mis ton grain de sel dans les deux discussions, ça compte ! Et merci pour le compliment (j’adore ça, les compliments) !

Enro 14/03/2007 13:33

Le lien vers notre Google group n'informera pas grand monde puisque son accès est réservé aux membres. Tu peux par contre renvoyer vers l'article du Monde dont il était question...

seven 14/03/2007 16:07

Erreur de manip: c'est bien le lien vers l'article lui-même que je voulais insérer! Correction faîte, merci Enro!