Lumière anti-épileptique

Publié le par seven

 « Il n'y a pas de hasard », comme dirait une personne chère à mon coeur. En tous cas, hasard ou destin, ça leur a valu une publication dans Nature Neurosciences, à Eisenman and Co, alors je crois qu'ils n'ergoteraient pas ! Il va être question de lumière, de hasard, donc, et de GABA. Bah oui, il faut rester les pieds sur terre et faire un peu de Science. Même si certains promettent à cette dernière un avenir bien sombre...

Petit rappel. Je vous ai déjà parlé du

GABA, ici et . Il s'agit, comme vous savez (mais si mais si), d'un neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central  en clair, il inhibe l'activité des neurones. L'un des deux types de récepteurs (type A, post-synaptiques) du GABA, donc, présente un site pour la fixation du GABA. (Non, je ne vous prends pour des...Je prends mon temps, c'est différent). Mais aussi d'autres sites pour diverses substances comme les corticoïdes. L'effet des ces corticoïdes est de renforcer l'action du GABA.

 

Les auteurs racontent candidement cette petite histoire fort sympathique.

Par un matin pluvieux... Ben quoi, j'ai le droit d'ajouter une touche personnelle quand même ! Je reprends. Par un matin pluvieux, DONC, Laurence et ses amis (c'est le prénom de la première auteur, Eisenman, Laurence N Eisenman elle s'appelle), décidèrent d'étudier comment les neurostéroïdes se répartissaient dans l'hippocampe de rats, et autres cellules (non cérébrales, Pfff !) Pour ce faire, ils taggèrent (ça rime) lesdits stéroïdes avec une substance fluorescente activée par la lumière visible (465 nm de longueur d'onde, pisque vous voulez tout savoir). Et puisqu'ils étaient là, ils ont regardé le niveau d'activité GABA induite aussi.

Initialement, cette activité était désespérément basse. Bon. Et puis, je vous rappelle que le but était de regarder la répartition des stéroïdes taggés (j'ai quand même écrit deux phrases depuis, vous avez peut-être oublié. Ouh là là, je suis teigneuse ce soir, moi !). Ils ont donc éclairé les neurones.

Et là Ô surprise (je ménage mes effets), LA REPONSE GABA INDUITE AUGMENTA !!! C'est ça, le hasard de la science. (Mais il faut travailler quand même. Sinon, rien ne se passe).

 

Qu'à cela ne tienne ! Ils n'en restèrent pas là ! S'ensuivit toute une série d'expériences, qui aboutirent aux conclusions principales suivantes :

1)     La substance fluorescente lorsque activée par la lumière visible renforce l'inhibition GABAergique.

2)      Ce renforcement est très similaire à celui provoqué par les stéroïdes seuls, MAIS ne leur est pas attribuable : il est obtenu également lorsque le fluo (fatiguée d'écrire s...fluo..) est taggé sur d'autres molécules que les stéroïdes.

3)      Ce renforcement peut donc être attribué à la photoactivation.

4)      Elle entraine une modification durable et stable des récepteurs GABA.

5)      Ce renforcement est néanmoins supérieur lorsque la molécule taggé est un neurostéroïde, vraissemblablement parce que ce dernier amène le fluo au contact du récepteur GABA, puisqu'il peut s'y fixer.

 

Je vous assure qu'ils ont été drôlement rigoureux, avec plein de manip, de contrôles et tout.

Et ben moi, je trouve ça dingue.

 

D'accord mais en pratique, à part que c'est dingue, qu'est-ce que ça apporte ?

Là tout de suite maintenant, rien de concret. Mais des idées. Vous n'êtes pas sans savoir que l'épilepsie est une maladie liée à une hyperexcitabilité neuronale. Les médicaments anti-épileptiques sont administrés par voie orale, voire intraveineuse quand ça va mal. Ils vont donc partout dans l'organisme, y compris là où ils n'ont rien à faire, avec le souci des effets indésirables. Leur cible est localisée au niveau de la zone responsable de l'épilepsie, par exemple disons, le lobe temporal (c'est la plus fréquente des épilepsies partielles).

On peut imaginer de coupler des médicaments antiépileptiques, taggés avec fluo. A priori, il faut des molécules ayant une affinité pour les récepteurs du GABA, sinon il est difficile de les amener à proximité. ( Les stéroïdes ne sont pas les seuls). Et dans la zone cible, on met une petite loupiote ! Dont on peut contrôler les paramètres : longueur d'onde, durées on/off  etc.

Du coup, l'effet thérapeutique est contrôlé dans l'espace et dans le temps. Et comme la lumière le potentialise, on pourrait employé de plus faibles doses, limitant ainsi les effets secondaires!

 

Ce n'est de la science fiction si tant que ça : on implante des électrodes intra-cérébrales « en routine » pour le bilan préchirurgical de l'épilepsie et le traitement de la maladie de Parkinson, notamment?

 

(1) Anticonvulsant and anesthetic effects of a fluorescent neurosteroid analog activated by visible light. Eisenman et al. Nature Neuroscience, advance online publication, 25 Feb 2007.  

Publié dans GABA

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Enro 21/03/2007 08:29

Au fait, pour tes références biblio : merci de ne pas faire de lien vers les articles via le portail BiblioVie (qui ne nous est pas accessible à nous, communs des mortels) mais avec l'URL publique, voire le numéro DOI (encore mieux !).

seven 22/03/2007 08:55

Reçu. Je préfère les commentaires moins techniques...
 

Matthieu 19/03/2007 21:47

ca veut dire, concretement, implanter une lampe dans le cerveau ?

seven 19/03/2007 23:15

 

Euh, je m'enflamme un peu, là. Mais bon. En pratique quotidienne pour le traitement de la maladie de Parkinson, on met actuellement des électrodes de stimulation intracérébrale. Un boitier de commande permet de chosir la fréquence, l'intensité de stimulation.  
 
Ajouter "simplement"une diode ou "lampe" (l'optique et moi ça fait douze) de longueur d'onde donnée est donc imaginable. Ce qui permettrait, selon l'article, de renforcer l'inhibition GABA uniquement dans la zone épileptogène idéntifiée, et éclairée.    
 
Je ne suis pas certaine d'être plus lumineuse dans les explications: je suis en stade pré-sommeil. Si ce n'est pas clair, crie et je préciserai ma réponse!