Physio Neuro

Samedi 6 janvier 2007

Mais le « bon » n’est pas celui qu’on croit ! Tout le monde s'accorde pour dire que le bâillement est un processus archaïque. Cependant, chez 40 à 60% des adultes humains, il est contagieux. Et il existe de ce fait un combat farouche entre deux clans: 

       Clan A : Partisans du bâillement contagieux-empathie. Je vous livre la wiki-définition (ça vous évitera un clic) : mécanisme psychologique par lequel un individu peut comprendre les sentiments et les émotions d'une autre personne, en "se mettant à sa place" sans toutefois les ressentir lui-même.

 

      Clan B : Partisans du bâillement contagieux-imitation

Et oui, parfaitement, il est essentiel de pouvoir trancher sur une question aussi capitale. J’exagère ?   

Et bien la balance semble pencher en faveur des A. Divers travaux ont ainsi montré que:

 

     1. Les personnes les plus sensibles à cette contagion, étaient celles qui réussissaient le mieux les tests d’empathie et se reconnaissaient le plus rapidement dans un miroir.  

 

     2. Les sujets présentant des traits psychotiques, qui réussissent le moins bien les deux types de tâches, sont les moins sensibles à la contagion.

 

     3. Les chimpanzés, sont semble-t-il les seuls singes susceptibles d’être atteint par cette terrible contagion. Or les chimpanzés sont également les seuls à être capables d’une forme rudimentaire d’empathie et de conscience de soi.

 

     4. Cerise sur le gâteau, une étude (1) en IRM fonctionnelle    a montré le visionnage de bailleurs activait significativement des régions  impliquées dans le traitement visuel des visages humains et dans les tâches d’auto-analyse à un niveau non conscient. Par contre les aires des neurones miroirs, impliquées dans l’imitation (je vous en parlerai un autre jour, c’est super intéressant aussi)  n’étaient pas activées. Ceci va donc également dans le sens du bâillement comme forme primitive d’auto-analyse, et par suite d’empathie.

Bref, la naissance de l’Humanité dans un décrochement de mâchoire.

Quoi? J’exagère encore ?

(1) Contagious yawning and the brain. Platek SM, Mohamed FB, Gallup GG Jr.Brain Res Cogn Brain Res. 2005. 23(2-3):448-52.

 

Par seven
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Mercredi 10 janvier 2007

Mon dernier coup de cerveau :

 

Pré-requis : Les mouvements des yeux sont indispensables à une bonne vision, en permettant la stabilité de l’image d’un objet sur la rétine.  

 

Il existe deux grands types de mouvements oculaires : lents et saccadiques. Prenons l’exemple des saccades horizontales. L’apparition d’une cible dans le champ visuel périphérique, peut déclencher une saccade oculaire ayant pour but de placer celle-ci au niveau de la zone de fixation de la rétine.

Et bien une saccade normale est toujours hypométrique.  Puis par un système de rétrocontrôle interne, l’information « direction actuelle» du regard, est comparée à celle « direction voulue » au niveau de structures d’intégration, et de nouvelles saccades sont générées jusqu’à ce que la direction du regard soit parfaitement adapté à la position de la cible. Et il s’agit de l’exemple de base, avec un mouvement unique, tête fixe etc. Je vous laisse imaginer le nombre de calculs à effectuer, avec variables multiples, et ceci pratiquement en continu… Les raisons pour lesquelles les saccades sont hypo et pas hypermétriques ne sont pas bien élucidées. Les hypothèses, comme souvent, seraient qu’il s’agit de la stratégie la plus économique niveau temps, énergie…

 

N’empêche, même si je ne détaille pas les caractéristiques anatomo-physiologiques du systèmes oculo-moteurs, ne trouvez-vous pas ceci fascinant ?

 

Nous sommes tous à l’insu de notre plein gré des mathématiciens physiciens hyper-rapides et performants !

 

 

Par seven
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Lundi 15 janvier 2007

Pas beaucoup de temps actuellement pour blogger: plein de cours passionnants en neurosciences...

 

Sujet du jour: le sommeil. Au cas où vous croiriez que dormir repose, eh bien vous avez  certes raison...Mais pas que! La consommation de glucose, donc d'énergie dans les neurones est bien plus importante pendant le sommeil que pendant la veille.

 

Les fonctions du sommeil sont loin d'être connues parfaitement. Cependant, l'idée commune (je pense) qu'on "apprend en dormant" est de plus en plus démontrée. De nombreux travaux montrent ainsi que les neurones hippocampiques, structure fortement impliquée dans les tâche de mémorisation, "rejouent" pendant le sommeil l'activité de l'éveil, permettant ainsi une consolidation des informations. 

 

Un autre truc rigolo. Bon, schématiquement on distingue 2 types de mémoire: à court terme (MCT secondes), qui doit être consolidée pour devenir à long terme (MLT minutes, heures, années). A chaque fois qu'on réactive un souvenir stocké dans la MLT (éventuellement pour le "reconsolider) , il redevient labile.  Donc est théoriquement en danger, puisqu'en cas d'interférence (un oiseau qui passe, le facteur frappe à la porte...) il peut être effacé. Mais la nature est prévoyante: elle sait que Michou téléphone toujours quand on ne s'y attend pas! Et chaque souvenir est constitué de plusieurs éléments, encodés (mémorisés) séparément, et reliés par un réseau (encore!). Du coup, même si un élément est perdu, il est possibles de récupérer l'info par un autre bout! Astucieux n'est-il pas?

 

PS: Ai tenté d'insérer un joli schéma confectionné par mes soins pour synthétiser la mémoire, tout ça. Cuisant échec.

 

Quizz:qui suis-je???                     

 

 

 

 

 

 

 

 

PS: Voici une courbe de LTP, Cf commentaire Timothée 

 

 

 

                    

Par seven
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Mardi 16 janvier 2007
 

Qui ne s’est jamais réveillé 5 minutes avant la sonnerie du réveil ? (si vous êtes Justement dans ce cas, lisez quand même, tout n’est pas perdu). Je ne voudrais pas être à l’origine de stress, rapport au titre du billet : nous avons tous une horloge à l’intérieur de notre nous même. Mais nous n'avons pas eu besoin de l’avaler. Enfin pas telle quelle. Je m’explique. De nombreux paramètre biologiques suivent un rythme circadien, c'est-à-dire de 24 heures (+/- des brouettes, petites). Exemples ? Le cycle veille- sommeil (vous aviez trouvé), mais aussi la température, le cortisol, les fonctions cardio-vasculaires…Tous organisés sur 24 heures.

Pourquoi ? Je vais vous le dire (Cf Les Guignols de l’info, il y a longtemps. J’me comprends).

En fait, ce n’est pas 1 horloge, mais des millions qui sont présentes dans notre beau petit corps (si si, j’insiste) : une grosse, et plein de petites. Dans chaque cellule existent des Gènes Horloges, qui contrôlent l’expression d’autres gènes codant pour des protéines produites selon un rythme circadien. La super- horloge, qui coordonne tout ça, se trouve au niveau du cerveau (forcément), dans l’hypothalamus : il s’agit du noyau supra-chiasmatique. Ses neurones envoient des influx aux autres systèmes. Il existe donc un rythme circadien endogène. Celui-ci est influencé, peut être synchronisé par des facteurs extérieurs. Le plus efficace, et de loin, est la lumière. Des  photorécepteurs rétiniens, sensibles à la lumière (pléonasme) peuvent activer les gènes horloges du noyau supra chiasmatique, et ainsi entraîner le rythme. Les autres facteurs (non- photopiques) sont l’alimentation, l’activité physique, les bruits, etc… 

Il existe donc un Celui-ci est influencé, peut être synchronisé par des facteurs extérieurs. Le plus efficace, et de loin, est la lumière. Des  photorécepteurs rétiniens, sensibles à la lumière (pléonasme) peuvent activer les gènes horloges du noyau supra chiasmatique, et ainsi entraîner le rythme. Les autres facteurs (non- photopiques) sont l’alimentation, l’activité physique, les bruits, etc… 

C’est dingue non ? Tout ça calé sur 24 heures. Comme par hasard une journée ! Bah oui, c’est pas un hasard. Au départ, et c’est encore le cas pour les autres mammifères, dont le rythme est aussi circadien, le but avoué du système est la SURVIE. Exemple : un singe sort de la forêt au crépuscule (très déconseillé : pb d’horarire de chasse), il se fait boulotter aussi sec par un gros rapace. Et voilà. Mauvais horloge interne.

Autre exemple, plus près de nous : certaines personnes souffrent d’une avance (coucher tôt, lever tôt) ou d’un retard de phase, voire sont en « roue libre ». Et ben c’est pas marrant. Mais la luxthérapie ou photothérapie  peut être utile.

Enfin,  et je m’arrêrterai là, les gènes horloges semblent être impliquée dans la genèse de cancers…

Par seven
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Jeudi 18 janvier 2007

J'ai évoqué dans mon précédent billet l'existence de photorécepteurs rétiniens. Pour situer, un oeil, ça peut être:

 

Mais c'est aussi:

Et c'est lui qui nous intéresse. Donnée de base: on distingue un système visuel PERCEPTIF et un système visuel PHOTOPIQUE. Et ce dernier traite donc l'information...lumineuse. Gagné (vous êtes trop forts). Chez l'homme il y 2 types (pas 3, cette fois ci j'ai bien compté, Timothée) de photorécepteurs: les cônes et les bâtonnets. Ceux-ci sont connectés à des cellules ganglionnaires, dont les axones forment le nerf optique. Avec d'autres cellules, mais un petit schéma valant mieux qu'un long discours:

 

Ce qui caractérise un photorécepteur, c'est son photopigment. Ce qui caractérise un photopigment, c'est la longueur d'onde de la lumière à laquelle il est sensible. Ce qui caractérise mon style, c'est sa lourdeur. Bon. Chez l'homme, on connaissait jusqu'à il y a peu 4 photopigments: 1 dans les bâtonnets: la rhodopsine, 3 dans les cônes bleu (S short), vert (M medium), rouge (L long). Et encore un joli schéma (ce que je m'amuse!). 

Et on était très contents. Mais voilà, des gens très intelligents ont eu l'idée de créer des souris sans cônes ni bâtonnets (très sympas, les gens). Chez la souris, l'organisation est similaire, avec 2 types de photopigments dans les cônes. Ils ont observé l'effet de la lumière sur l'entrainement des rythmes circadiens (relisez donc le billet précédent, ça fera monter mon blog rank). En théorie, l'effet devait être nul. Mais ça n'a pas été le cas! C'est ainsi qu'a été découvert un nouveau photorécepteur, la mélanopsine. Elle est située non pas dans les photorécepteurs mais dans les cellules ganglionnaires de la rétine, et sa longueur d'onde d'activation est 480 nm. Il n'y a pas d'autre photorécepteur a priori (les mutants sans cônes ni bâtonnets ni mélanopsine n'ont plus de réponse photopique).

 

Suite de l'histoire: les photopigments sont constitués d'une protéine, appelée opsine (qui détermine la longueur d'onde de prédilection) et d'une molécule de rétinal (dérivé de la Vitamine A: mangez de carottes!!!). Ce rétinal existe sous un forme cis, qui après stimulation par un photon lumineux passe en forme trans qui active une protéine G etc. Sa régénération en forme cis a lieu dans l'épithélium pigmentaire. Et bien la mélanopsine se distingue à nouveau: pour redevenir activable, il lui suffit de recevoir une longueur d'onde autour de 530 nm. Bien plus autonome la demoiselle! Ces caractéristiques font penser qu'il s'agit d'une forme archaïque de photopigment. Mais elle est loin d'avoir livré tous ses secrets...

Par seven
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